Intervenant jeudi sur les ondes de la Chaîne II de la Radio nationale, Louisa Hanoune s’est attaquée à la politique économique du gouvernement, notamment dans ses volets privatisation, emploi et chômage. Mais parmi les membres du gouvernement que la patronne du Parti des travailleurs a vilipendés, c’est surtout Abdelhamid Temmar, ministre des Participations et de la Promotion des investissements. “C’est un véritable pillage. Même ceux qui daignent payer le prix des entreprises reprises le font par échelonnement”, dénonce d’emblée Mme Hanoune en abordant la question de la privatisation des entreprises publiques. Se référant aux chiffres officiels, elle relève que les 396 entreprises privatisées n’ont rapporté au Trésor public que 14 milliards de DA. “Ce n’est même pas le prix d’une seule entreprise. Il faut arrêter cette hémorragie. Nous avons les moyens de rouvrir les entreprises fermées. Vous n’avez qu’à voir l’exemple vénézuélien”, ajoute Louisa Hanoune qui tonne haut et fort que “les chiffres de Temmar sont faux”. Elle s’en prend également à ce dernier lorsqu’il donne comme expérience réussie de la privatisation le cas de la Hongrie.
Un avis qu’elle ne partage pas avec le ministre des Participations puisque, d’après elle, l’expérience hongroise s’est soldée par un échec. S’en prenant au gouvernement de façon générale, elle considère qu’”on ne peut pas promettre aux citoyens de régler le problème du chômage, alors qu’on procède à la fermeture et au bradage des entreprises”. À ce propos, elle n’hésite pas à qualifier les chiffres officiels de “farfelus”.
Fidèle à son discours à propos du système économique en cours dans le pays et les réformes induites par le processus d’adhésion de l’Algérie à l’OMC et la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne, Louisa Hanoune dénonce “une déréglementation totale imposée et une économie sauvage et de bazar”. Pour elle, même la vraie économie de marché n’est pas contre une législation sociale claire qui protège les couches les plus vulnérables de la société.
Elle se satisfait toutefois des dernières mesures prises dans le cadre du dossier des salaires. “C’est important qu’on ait pris ces décisions contre l’avis du FMI, même si cela demeure insuffisant”, souligne-t-elle. Actualité oblige, l’invitée de la Chaîne II a notamment abordé les questions de la réconciliation nationale et de la révision de la Constitution.
Considérant, à ce propos, que la Charte pour la paix et la réconciliation nationale “a ramené la paix dans le pays”, Louisa Hanoune s’est prononcée pour “le retour des exilés et l’exercice par tous les citoyens de leur droit à l’organisation politique”, car, explique-t-elle, “l’exclusion ramène la violence”.
Interrogée sur sa participation à l’élaboration du contrat de Rome, la responsable du PT déclare ne pas regretter d’avoir signé le document. “Si c’était à refaire dans les conditions qui ont prévalu dans le pays à l’époque, je le referais. À l’époque, j’étais prête à aller n’importe où dans le monde sauf en Israël pour arrêter l’effusion de sang dans le pays”, insiste-t-elle, se rappelant que “nous avons échappé de justesse à une vraie guerre civile”. Elle juge, cependant, que “le débat aujourd’hui n’est pas à la désignation des responsabilités, mais au dialogue entre Algériens pour résoudre les problèmes”. Pour ce qui est de la révision constitutionnelle envisagée, elle affirme qu’elle n’est pas en faveur d’un régime présidentiel, mais pour une Assemblée constituante.
La révision de la Constitution doit, d’après elle, “couronner toutes les actions entreprises pour le retour de la paix”, et elle implique “qu’il n’y ait pas de loi d’exception”.
Hamid Saïdani